Mais c’est quoi, la marqueterie ?

La marqueterie, c’est une technique d’artisanat d’art très ancienne — elle existait déjà dans l’Égypte antique. Le principe est simple : je compose des décors en assemblant des matériaux découpés sur du mobilier, des objets, des tableaux ou même des murs.

Avant la marqueterie, il y avait l’incrustation. On creusait le bois pour y glisser des morceaux d’une autre matière : os, corne, ivoire, pâte de verre ou galuchat. Dans mon travail, j’utilise du bois bien sûr — du padouk rouge, du sycomore, de l’érable — mais aussi du laiton, de la paille de seigle, du cuir de galuchat, de la nacre ou même du plastique. Chaque matière a sa couleur, sa texture, sa lumière. Je les découpe, je les ajuste, je les imbrique les unes dans les autres comme les pièces d’un puzzle dont je choisis moi-même les formes.

Pour se faire une idée, on peut imaginer une fleur. On taille le cœur dans du padouk, un bois rouge d’Afrique de l’Ouest. Pour les pétales, on peu utiliser du sycomore, bois blanc plutôt crémeux. On découpe les pièces avec précision, puis on les incruste pour donner vie à la fleur.

Mon parcours pour arriver à ce métier d’art

Après le bac, j’ai passé un BMA (Brevet des Métiers d’Art) de peinture en trompe-l’œil au lycée Nelson Mandela de Poitiers. Puis il y a eu une année de petits boulots et de réflexion sur ce métier de peintre. C’est le hasard qui a tout changé. Lors d’une journée portes ouvertes de l’ancien BMA, je suis tombée sur une classe de marqueterie. Un coup de foudre ! Je me suis inscrite en CAP, que j’ai fait en un an, puis j’ai enchaîné avec un Diplôme des Métiers d’Art (DMA) de deux ans à Toulouse. C’est à l’issu de ce diplôme et parce que je devais mener un grand projet de fin d’étude nécessitant une partie numérique, et donc un fablab, que j’ai découvert la filature de Ligugé (il n’y avait pas tant de fablab en France à cette époque 🙂).

De retour dans la région, j’ai passé six mois en service civique aux Usines de Ligugé. J’y ai rencontré plein d’artisans et d’auto-entrepreneurs, et cette effervescence m’a donné la confiance de me lancer à mon tour. J’ai ouvert mon propre atelier : restauration de pièces anciennes, créations sur commande… une belle aventure qui a duré 7 ans. J’ai ensuite fermé l’atelier pour me consacrer à l’enseignement de la marqueterie en CAP. Et devinez où ? Au lycée Nelson Mandela de Poitiers — là même où tout avait commencé pour moi.

Un métier sensible et une pratique « adaptée »

Ce que je trouve si particulier dans la marqueterie, c’est son rapport au temps et aux sensations. C’est une technique à la fois méditative et technique : parfois il faut beaucoup de douceur et de délicatesse, parfois des gestes plus vifs et dynamiques. Il y a un rythme à suivre, comme une musique, avec ses variations. Une création n’est jamais monotone.

J’écoute les bruits du bois sous mes doigts. Je sens ses odeurs. Il faut être vraiment attentif à la matière pour comprendre ce qu’elle dit et comment on peut la travailler.

Avec le Pôle du Tison, j’ai envie d’aller plus loin dans cette exploration. L’idée, c’est de s’accorder du temps pour expérimenter — ce qu’on fait rarement en entreprise, où il faut répondre aux commandes des clients, ni en cours, où tout est encadré par un programme. Je voudrais, avec les bénéficiaires du Pôle du Tison, explorer d’autres matières comme la glaise ou le papier, travailler les assemblages entre matériaux, et peut-être faire évoluer ce beau métier vers des endroits qu’il n’a pas encore explorés.

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la rencontre avec la matière et sa transformation. Et avec le Pôle du Tison, c’est exactement pareil : on se rencontre, et on se transforme.

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