Portrait d’artiste : Marianne, Récup’Art

Portrait de Marianne Magnard

Je suis Marianne, ou NouchKa, artiste plasticienne. Depuis plus de vingt ans, je collecte des objets récupérés dans la rue : clous, vis, morceaux de métal, boutons, et même playmobils ou froufrous… Des éléments abandonnés que je transforme en personnages qui prennent vie. C’est ce que j’appelle le récup’art.

Tout a commencé par une anecdote : un jour, alors que je faisais une sortie à vélo avec un engin tout juste réparé, il a crevé au bout de quelques mètres… à cause d’un clou ! Agacée, je me suis mise à ramasser tous les clous et les vis que je croisais, puis à les ranger dans de petites boîtes. Peu à peu, les boites se sont remplies, il fallait bien en faire quelque chose. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à créer mes premiers portraits, il y a une dizaine d’années.

J’ai une formation en arts appliqués, mais je travaille avant tout de manière instinctive. En parallèle de ma pratique, j’ai toujours été frappée par la quantité de déchets présents dans l’espace public. Pour moi, les transformer est devenu une évidence, presque une nécessité. Ma méthode de travail est restée la même au fil des années : je commence par collecter des objets, partout et tout le temps. Je prends ensuite le temps de les observer, de les écouter, de les apprivoiser. C’est alors que se manifeste ma paréidolie*, ma petit folie à moi, qui me pousse à voir spontanément des formes familières : un visage, un animal, une expression.

La Mouche, oeuvre de Marianne Magnard

Puis c’est le moment de l’assemblage, création guidée par les objets eux-même. Certains projets prennent forme immédiatement, d’autres mettent plusieurs années à aboutir. Chaque pièce avance à son propre rythme. Une fois le personnage trouvé, je lui construis un contexte. Le cadre a une place essentielle dans mon travail : il apporte une dimension psychologique au portrait. J’ajoute ensuite un fond peint, avec de la peinture de « fond de garage ». C’est à ce moment-là que l’ensemble prend véritablement vie.

Au début, je créais surtout des animaux. C’était une évidence : ce sont eux qui subissent directement la pollution liée aux déchets. À travers mon travail, j’essaie de leur redonner une présence, une forme de voix. Depuis trois ans, j’ai mon propre atelier à Ligugé, un espace à part où je peux m’étaler, trier, organiser et surtout m’isoler. Je le vois un peu comme une grotte : j’ai besoin de me couper du monde pour faire naître mes personnages.

Mon engagement dépasse le cadre artistique. Au sein du projet du Pôle du Tison, ce qui m’importe avant tout, ce n’est pas tant la question du handicap que celle de l’inclusion. Ce qui me motive profondément, c’est que chacun puisse trouver sa place dans le monde. Cette année, j’ai mené des ateliers avec des personnes en situation de handicap, une première pour moi. Cette rencontre a nourri l’envie plus large d’avancer ensemble pour « refaire » société. Chacun a sa juste place, avec une recherche artistique qui lui est propre. Le regard sur le monde des personnes qui participent à mon atelier est très différent du nôtre, et c’est une véritable richesse. L’art devient alors un prétexte à l’échange, un terrain commun où l’on se rencontre, et où chacun enrichit l’autre.

Pour le futur du Pôle du Tison, j’imagine un lieu ouvert et vivant, traversé par des interactions à différents niveaux. Un espace où les échanges seront riches, inspirants, nourrissants. Je suis convaincue que ce lieu fera évoluer notre regard, autant celui des personnes qui y participent que celui de celles et ceux qui le fréquentent. On va tous y apprendre et y faire bouger les lignes. Dans le contexte politique actuel, il faudra s’accrocher : pour moi, ce lieu a aussi vocation à être un espace de résistance.

Atelier de Récup'art avec Marianne Magnard et le Pôle du Tison à La Chapelle de l'Imaginaire
Atelier de Récup’art avec Marianne Magnard et le Pôle du Tison à La Chapelle de l’Imaginaire

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